L’avenir de la connectivité au Canada dépend de la pérennité des investissements
Par Eric Smith, vice-président principal, Association canadienne des télécommunications
Le 20 mai, l’Association canadienne des télécommunications et la GSMA ont organisé une conférence sous le thème Pour un Canada connecté : objectifs, pressions et priorités du secteur canadien des télécommunications, qui pendant une journée a réuni à Ottawa des décideurs politiques, des chefs de file de l’industrie, des investisseurs, des experts du secteur technologique et des grands joueurs de partout pour réfléchir collectivement à l’avenir de la connectivité au Canada.
Le moment n’aurait pu être mieux choisi.
Alors que les réseaux de télécommunications deviennent des rouages de plus en plus essentiels de l’économie, de la productivité, de la sécurité publique, de la résilience et de la souveraineté numérique du Canada, une question fondamentale se dessine : comment le Canada peut-il continuer à soutenir l’investissement privé à grande échelle nécessaire pour répondre à la demande croissante de connectivité dans un climat de plus en plus défavorable à l’investissement?
Cette question a été au cœur des discussions tout au long de la journée.
La conférence a également coïncidé avec la publication d’un nouveau rapport préparé par PwC pour l’Association canadienne des télécommunications, intitulé « Investissement en télécommunications : un pilier essentiel de l’économie canadienne ». Ce rapport souligne le rôle déterminant que jouent désormais les réseaux de télécommunications dans pratiquement tous les secteurs de la société canadienne, autant le commerce que les services d’urgence, les services publics, les chaînes d’approvisionnement, l’innovation numérique et l’IA que la sécurité et la résilience nationales.
Le rapport révèle du même souffle une réalité consternante : alors que l’abordabilité de l’offre pour les consommateurs s’est considérablement améliorée, les conditions d’investissement dont dépend le coût des services se détériorent de plus en plus.
Comme l’indique le rapport de PwC, de janvier 2020 à février 2026, l’indice des prix des services sans fil de Statistique Canada a chuté de plus de 45 %, et les prix des services filaires ont également diminué. Au cours de la même période, les prix de nombreux autres biens et services essentiels, comme le logement, l’alimentation et le transport, ont par contre considérablement augmenté. Aujourd’hui, jamais les services de connectivité n’ont été aussi abordables au pays, l’utilisation des données plus grande, les réseaux plus rapides et les services numériques plus essentiels que jamais auparavant pour les Canadiens.
Dans une note à propos de l’étude de l’Association canadienne des télécommunications et de PwC adressée récemment aux investisseurs, TD Cowen a déclaré que les conclusions du rapport étaient « une preuve claire que la réglementation des télécommunications a déjà atteint son objectif (et pourrait même l’avoir dépassé) ». Le courtier reprenait aussi des déclarations récentes d’acteurs de l’industrie selon lesquels des « aspects clés du cadre réglementaire continuent de décourager l’investissement ».
Plus récemment encore, RBC Marchés des Capitaux a fait part de préoccupations semblables dans ses dernières perspectives pour le secteur canadien des télécommunications, affirmant que la politique canadienne pourrait atteindre un « point de bascule » : l’incertitude entourant le cadre réglementaire, les rendements sur le capital et les conditions futures du marché peut avoir des conséquences importantes sur les niveaux d’investissement, le déploiement des infrastructures et, en fin de compte, sur la compétitivité numérique du Canada.
Compte tenu du prix actuel des services sans fil et d’accès Internet au Canada par rapport à de nombreux points de référence mondiaux et par rapport aux prix de la plupart des autres produits et services de consommation discrétionnaire et non discrétionnaire, nous estimons que la politique canadienne de télécommunications a atteint, voire franchi le point de bascule où les télécommunicateurs canadiens sont nettement moins incités à investir. De manière tout aussi grave, les investisseurs sur les marchés publics sont nettement moins attirés par les actions d’entreprises de télécommunications canadiennes, ce qui augmente le coût du capital pour les exploitants et ne fait que pousser à la hausse les taux de rendement minimaux requis pour l’investissement dans le secteur. […] Force est de constater le décrochage de plus en plus grand entre le prix des services sans fil et Internet au Canada et la connectivité, ce qui est devenu aujourd’hui l’une des propositions de valeur phares (peut-être la plus grande) pour le consommateur parmi l’ensemble des dépenses discrétionnaires et non discrétionnaires. [traduction]
L’incertitude qui entoure la réglementation, le rendement du capital et les conditions futures du marché pourrait influer passablement sur les niveaux d’investissement, le déploiement des infrastructures, voire jusque sur la compétitivité numérique du Canada.
Il ne faut toutefois pas en conclure que l’abordabilité est sans importance. Au contraire, cela demeure un objectif fondamental de la politique des télécommunications et, comme le souligne le rapport de PwC, ce secteur a marqué davantage de gains à cet égard que toute autre catégorie de biens et services essentiels. Les discussions qui se sont tenues dans le cadre de la conférence Pour un Canada connecté et au sein de la communauté des investisseurs démontrent que les résultats à long terme pour les consommateurs ne dépendent pas uniquement de la simple décroissance des prix. Ils dépendent également de la capacité du cadre politique et réglementaire d’attirer les capitaux privés à long terme qui sont nécessaires pour soutenir l’innovation, la qualité du réseau, la résilience et la capacité de financer la prochaine génération d’infrastructures.
Les conversations qui ont eu lieu lors de la conférence Pour un Canada connecté ont mis en lumière autant les possibilités que les défis à venir. Elles ont également rappelé que pour préserver la connectivité de calibre mondial dont jouit le Canada, il faudra pérenniser l’environnement d’investissement qui la rend possible.







